Fermer les yeux, respirer l’odeur du cumin et du miso, entendre les rires qui fusent autour des plaques de cuisson… À Loches, un simple atelier cuisine réussit un drôle de pari : faire voyager aux quatre coins du monde, en ne cuisinant que des produits locaux. Et si, vous aussi, vous pouviez vous évader sans quitter votre cuisine ?
Un voyage culinaire… sans quitter l’Indre-et-Loire
Dans les cuisines du pôle social Simone-Veil, ce samedi-là, l’ambiance est à la fois studieuse et légère. Les participants épluchent, goûtent, rigolent un peu de leurs hésitations. Certains ne cuisinent presque jamais, d’autres adorent déjà tester des saveurs venues d’ailleurs.
Anaïs, l’animatrice, commence par un petit jeu. Une image, un plat, un pays à deviner. Minestrone, pavlova, moussaka, houmous, hamburger, poutine, caldo verde. En quelques minutes, tout le monde se rend compte d’une chose : notre quotidien est déjà plein de cuisine du monde, mais on n’y pense pas vraiment.
Son message est clair : avec des légumes du coin, du tofu fabriqué en Indre-et-Loire et quelques épices, on peut faire le tour de la planète. Pas besoin d’avion ni de produits compliqués.
Cuisine du monde, produits 100 % terroir : pourquoi ça marche si bien ?
Vous vous dites peut-être : « C’est joli sur le papier, mais dans l’assiette, ça donne quoi ? ». En réalité, c’est assez simple. La plupart des grandes recettes du monde reposent sur des ingrédients de base que l’on trouve déjà chez nous.
- Des légumes de saison : courges, carottes, poireaux, oignons, tomates en été.
- Des légumineuses : pois chiches, lentilles, haricots.
- Des céréales : riz, blé, pain, semoule.
- Et juste ce qu’il faut d’épices pour changer complètement le goût.
Ce qui change tout, ce n’est pas l’origine « exotique » du produit. C’est la manière de l’assaisonner, de le cuire, de l’assembler. Une courge butternut du coin peut devenir un plat inspiré du Liban, une soupe façon Japon, ou un dessert tout droit sorti d’un café londonien.
Soupe miso locale : un bol japonais… made in Loches
Parmi les recettes de l’atelier, la soupe miso revisitée intrigue beaucoup. Elle a tout d’un classique japonais, sauf qu’elle met à l’honneur des produits du terroir.
Voici une version simple pour 4 personnes, à refaire chez vous.
- 1,2 l d’eau
- 2 cubes de bouillon de légumes (de préférence sans arômes artificiels)
- 4 c. à soupe de pâte miso (brune ou blonde)
- 200 g de tofu ferme local, coupé en petits dés
- 2 poireaux (blanc et un peu de vert), émincés finement
- 150 g de champignons de Paris ou de pleurotes, en lamelles
- 1 petite carotte, coupée en fines rondelles
- 1 c. à soupe d’huile de tournesol ou de colza
Préparation :
- Faites revenir poireaux, carotte et champignons 5 minutes dans l’huile, à feu moyen.
- Ajoutez l’eau et les cubes de bouillon, portez à petite ébullition pendant 10 minutes.
- Coupez le feu. Versez un peu de bouillon chaud dans un bol, délayez la pâte miso, puis remettez le tout dans la casserole.
- Ajoutez le tofu en dés, laissez chauffer encore 2 minutes sans faire bouillir pour ne pas abîmer le miso.
Résultat : une soupe parfumée, réconfortante, avec des légumes et du tofu du coin, mais une vraie atmosphère de petit restaurant japonais.
Chakchouka de saison : le soleil dans une poêle
Autre star de l’atelier : la chakchouka. Un plat originaire du Maghreb, très simple, qui se prête parfaitement aux légumes de saison. En été, on la prépare avec tomates et poivrons. En fin d’hiver, on adapte, et ça marche tout aussi bien.
Pour 4 personnes :
- 1 gros oignon, émincé
- 2 gousses d’ail, hachées
- 400 g de tomates concassées (en bocal ou en conserve)
- 2 carottes en dés
- 1 petit poireau, en fines rondelles
- 1 poivron (si c’est la saison), en lanières
- 1 c. à café de cumin moulu
- 1 c. à café de paprika doux
- 4 œufs frais
- 2 c. à soupe d’huile d’olive
Préparation :
- Faites revenir l’oignon et l’ail dans l’huile d’olive jusqu’à ce qu’ils soient fondants.
- Ajoutez les carottes, le poireau, éventuellement le poivron. Laissez cuire 10 minutes en remuant.
- Incorporez les tomates, le cumin, le paprika, salez légèrement. Laissez mijoter encore 10 minutes.
- Creusez 4 petits puits dans la sauce et cassez un œuf dans chacun.
- Couvrez et laissez cuire à feu doux 5 à 7 minutes, selon la cuisson voulue des œufs.
Servez avec du pain local bien croustillant. Vous êtes quelque part entre Loches et Tunis, et pourtant vous n’avez pas quitté votre cuisine.
Fateh aux courges : un plat du Moyen-Orient version butternut
Le fateh est un plat du Moyen-Orient à base de pain grillé, de pois chiches et de yaourt. À Loches, il prend une tournure très terroir avec de la courge butternut, un légume encore trop peu utilisé.
Pour 4 personnes :
- 600 g de butternut, en cubes
- 200 g de pois chiches cuits (en bocal rincés ou maison)
- 2 pains pita ou 1/2 baguette un peu rassise
- 2 c. à soupe d’huile d’olive
- 1 c. à café de cumin moulu
- 1 c. à café de cannelle en poudre
- 250 g de yaourt nature (brebis, vache ou chèvre)
- 1 gousse d’ail écrasée
- Le jus d’1/2 citron
Préparation :
- Préchauffez le four à 190 °C.
- Mélangez les cubes de butternut avec 1 c. à soupe d’huile, le cumin, la cannelle, du sel. Étalez sur une plaque et faites rôtir 25 à 30 minutes.
- Coupez le pain en petits morceaux, arrosez avec 1 c. à soupe d’huile. Faites griller au four 5 à 8 minutes, jusqu’à ce qu’il soit bien croustillant.
- Mélangez le yaourt avec l’ail, le jus de citron, un peu de sel.
- Dans un plat, disposez le pain grillé, puis les pois chiches et la butternut rôtie. Terminez par le yaourt parfumé.
En bouche, c’est à la fois crémeux, croustillant, sucré-salé. Un plat réconfortant, parfait pour une soirée d’automne, qui rappelle à la fois la Touraine et Beyrouth.
Carrot cake à la butternut : un dessert surprise
Dernier clin d’œil de l’atelier : un carrot cake où la carotte est remplacée par de la butternut. Le résultat reste moelleux, épicé, avec une belle couleur dorée. Beaucoup de participants ne devinent même pas l’ingrédient principal avant qu’on le leur révèle.
Pour un moule rond de 22 cm :
- 300 g de butternut râpée finement
- 200 g de farine de blé
- 150 g de sucre (roux de préférence)
- 3 œufs
- 100 ml d’huile végétale neutre
- 1 sachet de levure chimique
- 1 c. à café de cannelle
- 1/2 c. à café de gingembre en poudre (facultatif)
Préparation :
- Préchauffez le four à 180 °C.
- Fouettez les œufs avec le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse.
- Ajoutez l’huile, puis la farine, la levure, les épices.
- Incorporez la butternut râpée. Mélangez bien.
- Versez dans un moule huilé ou chemisé. Enfournez pour 35 à 40 minutes.
Laissez refroidir avant de démouler. Un simple voile de sucre glace ou un yaourt épais à la cuillère par-dessus, et vous obtenez un dessert qui sent bon la maison et les voyages.
Et vous, jusqu’où pouvez-vous aller avec vos produits locaux ?
Cet atelier à Loches le prouve : cuisiner des produits de terroir ne rime pas forcément avec plats répétitifs. Au contraire, c’est un terrain de jeu infini. Un même légume peut devenir soupe japonaise, plat moyen-oriental ou dessert anglo-saxon.
La prochaine fois que vous ferez votre marché, vous verrez peut-être ces légumes différemment. Un poireau ne sera plus juste pour la soupe. Une courge ne sera plus seulement pour la purée. Vous aurez en tête toutes ces idées de voyage dans l’assiette, à portée de main, chez vous.










