EARL Pestre-Giraux dans la Marne : arbres, truffes et semis direct en pleine Champagne crayeuse

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À l’EARL Pestre-Giraux, dans la Marne, rien n’avance au hasard. Entre les arbres, les truffes, les couverts et le semis direct, Francis Pestre a construit une ferme qui bouscule les habitudes. Et derrière chaque choix, il y a la même idée simple et forte : faire vivre le sol, pas l’épuiser.

Une ferme pensée pour le sol avant tout

Sur les 240 hectares de l’exploitation, les contrastes sont nets. D’un côté, la Champagne crayeuse avec ses sols de craie. De l’autre, la vallée de la Marne, avec ses terres argilo-limoneuses qui inondent régulièrement. Ce n’est pas un décor facile. C’est pourtant là que Francis Pestre a décidé de bâtir un système plus autonome, plus souple, plus vivant.

Avant, une partie des terres accueillait des prairies et des bovins. Aujourd’hui, la ferme s’est tournée vers les grandes cultures, avec surtout du maïs grain dans la vallée. Mais le vrai fil rouge, depuis des années, reste le même : chercher l’autofertilité des sols.

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Le déclic du non-labour

Comme souvent, tout a commencé par une période de tension. En 1995, le salarié de la ferme tombe malade. Francis se retrouve avec plus de travail. Alors qu’il laboure pour semer de la luzerne après un escourgeon, il prend une décision qui change tout : il achète un semoir pour semer sans labour et revend sa charrue.

Le passage n’a pas été simple. Il a fallu plusieurs années pour trouver ses repères. Le regard des autres pesait. Dans beaucoup de campagnes, sortir du labour reste encore un sujet sensible. Mais Francis tient bon. Son père le soutient, et ce choix devient peu à peu une évidence technique, économique et humaine.

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Du végétal à la place de la ferraille

Au fil du temps, la ferme se transforme. Francis développe d’abord une entreprise de travaux agricoles et forestiers. Puis il réduit, tranche, réorganise. Il arrête la partie qui ne colle plus à sa vision des sols. Même la filière bois-énergie finit par être mise de côté, car couper beaucoup sans replanter ne lui convient plus.

Le mot est presque symbolique : le végétal remplace la ferraille. À la place des outils lourds et des pratiques agressives, il multiplie les couverts, les arbres, les racines, les associations de cultures. Ce n’est pas une mode chez lui. C’est une direction profonde.

La truffière, une nouvelle étape inattendue

Il y a cinq ans, Francis et son épouse Isabelle lancent aussi une truffière sur de petites parcelles de La Chaussée-sur-Marne. La raison est très concrète. Avec les zones de non-traitement, certaines surfaces ne valaient plus vraiment la peine d’être cultivées comme avant. Alors ils ont choisi les arbres truffiers.

Cette décision ouvre une nouvelle porte. Isabelle devient présidente des producteurs de truffes de la Marne. De son côté, Francis plonge encore plus loin dans la vie du sol, les champignons, les mycorhizes, les équilibres invisibles. On sent chez lui une vraie curiosité, presque une faim de compréhension.

Un semis direct poussé jusqu’au bout

Sur la ferme, presque tout passe désormais en semis direct, sauf la betterave. Francis cultive entre 16 et 22 cultures, annuelles et pérennes, en culture principale comme en interculture. Pour y arriver, il a dû allonger ses rotations et parfois réduire la taille de certaines parcelles. C’est une organisation plus fine, plus souple, mais aussi plus exigeante.

Pour accompagner ce virage, il a investi avec son frère dans un semoir tchèque Bednar de 6 mètres. Il apprécie sa polyvalence. Les disques passent bien partout, même derrière du maïs, dans de la luzerne ou dans du trèfle. Les deux trémies permettent aussi d’apporter un engrais localisé au semis. Pour lui, c’est un vrai levier de base.

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Des couverts partout, et pour de bonnes raisons

Chez Francis, le sol n’est presque jamais nu. C’est une différence forte avec beaucoup de parcelles voisines. Il utilise des couverts végétaux de plusieurs types. Biomax, couverts relais, luzerne, trèfle blanc nain, sarrasin en dérobée. Il teste, compare, ajuste. Rien n’est figé.

Un exemple parle bien de sa logique. Il a réintroduit le colza après l’avoir laissé de côté pendant des années. Semé à 45 grains par mètre carré, il est associé à de la féverole, du tournesol, du pois fourrager, du sarrasin, du fenugrec et 3 kilos par hectare de trèfle blanc nain. Et ça marche. Après récolte, le trèfle a même explosé, avant qu’un blé vienne prendre la suite.

Rouler plutôt que broyer, une idée qui change beaucoup

Francis insiste sur un point souvent sous-estimé : mieux vaut rouler une interculture que la broyer. Pourquoi ? Parce que la couverture du sol reste meilleure. L’humidité s’échappe moins vite. Les coups de chaud passent moins mal. Et la vie du sol est moins perturbée.

Il y voit aussi un avantage nutritif. En laissant la couverture se décomposer peu à peu, le risque de faim d’azote diminue pour la culture suivante. Sur le plan technique comme sur le plan économique, il considère qu’il y a peu d’arguments contre cette méthode.

Des dates de semis très réfléchies

Autre point clé chez lui : le calendrier. Francis joue beaucoup sur les dates de semis pour éviter les attaques de limaces et réduire les traitements. Les limaces aiment surtout les jeunes plantules au stade cotylédon. Il faut donc éviter que la culture soit à ce stade aux périodes les plus risquées, en mai et en septembre.

Pour le colza, cela veut dire semer tôt, en août. Cette avance change tout. Elle aide la culture à passer les caps difficiles avant les grosses pressions. Francis a même déjà obtenu 34 quintaux par hectare de colza associé, sans herbicide, sans insecticide et sans fongicide. C’est un résultat qui interpelle.

Prévenir plutôt que guérir

Sur la ferme, les produits curatifs ont été fortement réduits. Les insecticides ne servent plus que sur les semences. À la place, Francis mise sur des extraits fermentés de plantes comme l’ortie, la consoude ou la prêle. Il cherche d’abord à renforcer les cultures avant de corriger les problèmes.

Sa vision du vivant est très claire. Voir des pucerons n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Pour lui, cela peut même montrer que les coccinelles sont là. Dans les haies, il favorise aussi le sureau, qui attire des pucerons spécifiques et nourrit ainsi les syrphes, ces petits auxiliaires précieux qui vont ensuite aider dans les cultures.

Un système qui cherche encore à s’améliorer

Francis ne s’est pas arrêté à une recette unique. Il a même testé le semis à la volée des couverts, avec un outil de déchaumage. Résultat : ça fonctionne rarement. Pour lui, rien ne vaut un semis au semoir, le plus près possible de la moisson. L’idéal ? Trois jours après, pour profiter des remontées de capillarité.

Il regarde aussi vers une barre de coupe Stripper, qui cueille seulement les épis. L’idée est simple et séduisante : protéger davantage le sol, réduire la consommation de carburant et conserver des chaumes plus longs pour mieux garder l’humidité. Là encore, chaque détail compte.

Une exploitation tournée vers l’avenir

Si Francis et Isabelle avancent autant, c’est aussi pour leurs trois enfants. L’aînée, Lucie, a rejoint l’exploitation il y a deux ans. Formée dans l’événementiel, elle apporte un regard neuf. Elle a notamment porté la certification HVE 3 avec succès. Elle développe aussi une nouvelle activité, l’huilerie de la Baronnerie, avec l’achat d’une presse.

La ferme investit également dans des noyers pour alimenter cette activité, en complément du colza et du tournesol. Et depuis trois ans, l’EARL signe des contrats carbone avec Soil Capital. Dès la première année, la ferme a été stockeuse de carbone. C’est une autre façon de mesurer la valeur d’un système qui protège, nourrit et construit.

À La Chaussée-sur-Marne, l’histoire de Francis Pestre montre qu’une ferme peut changer en profondeur sans perdre sa cohérence. Arbres, truffes, couverts, semis direct, associations, haies, rotations longues : tout va dans le même sens. Un sol plus vivant. Une ferme plus résistante. Et, au fond, une autre idée de la performance, plus discrète mais bien plus durable.

Marine Roussel
Marine Roussel

Marine Roussel est nutritionniste animale specialisee en gastronomie pour animaux de compagnie. Diplomee de VetAgro Sup en sciences animales et nutrition, elle a travaille plus de dix ans en formulation d’aliments premium pour chiens et chats au sein de laboratoires francais. Elle collabore regulierement avec des cliniques veterinaries et refuges pour adapter l’alimentation aux besoins specifiques des animaux sensibles ou convalescents. Passionnee par le lien entre plaisir gustatif et sante animale, elle s’interesse aussi aux besoins particuliers des oiseaux domestiques. Sur jacal.fr, elle partage analyses d’actualites, conseils pratiques et recettes adaptees pour aider les proprietaires a nourrir leurs compagnons avec exigence et bienveillance.

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